24 juin 2009

De Louis XIV à Louis Napoléon Bonaparte.

Nicolas Sarkozy et François Fillon nous avaient promis un léger toilettage du gouvernement, on se retrouve avec un Fillon IV. Après une mise en scène plutôt ratée de Versailles en début de semaine, le président de la République refait la même chose aujourd'hui: rien de neuf, du creux, du vide.

Une seul chose va rester dans l'Histoire : le retour du chef de l'Etat devant les représentants du peuple. Ce qui n'est pas une mauvaise chose. Par contre la suite ne remplira pas les pages des livres d'histoire, vu que Nicolas Sarkozy n'a rien dit, n'a rien annoncé sauf un emprunt dont on ne sait rien sur la façon dont il va être levé et vers quoi il va être orienté. 400 000€ à 600 000€ pour se faire applaudir, pour faire un meeting UMP au discours vague, au catalogue d'objectifs déjà vu notamment en 2007 lors de la campagne. Un discours de candidat donc. Seulement Nicolas Sarkozy a oublié une chose: il n'est plus candidat mais président de la République !

Hier soir, avec de l'avance, Claude Guéant a donc annoncé le nouveau gouvernement.
Premier constat: Nicolas Sarkozy poursuit la multiplication des ministres avec des portefeuilles aux frontières floues. Deuxième: il y a encore moins de femmes, la parité attendra. La stabilité politique et gouvernementale attendra également. Brice Hortefeux change déjà de portefeuille. Les Droits de l'Homme ont disparu du gouvernement. L'agriculture et la pêche sont éclatées entre deux voir trois ministères (espace rurale aménagement du territoire / agriculture & pêche / mer).

En fait, ce nouveau gouvernement est à l'image de la politique de Nicolas Sarkozy: de l'image. En effet, il tente un nouveau 'coup' avec Frédéric Mitterrand qui je le rappelle n'est pas de gauche (il a soutenu Chirac en 1995 par exemple). Il promeut des membres de l'UMP pour un équilibre purement interne à la droite. Il divise les ministères en de multiple sous chapelles pour une raison simple: diviser s'est régner. Et oui, le véritable gouvernement n'est pas celui annoncé hier soir sur le perron de l'Elysée, mais c'est le cabinet de Claude Guéant, véritable Premier Ministre. Un cabinet qui nomme les directeurs de cabinets des ministres, qui compte un collaborateur par sujet (tel un gouvernement), et un cabinet qui écrit les lois et les transmets aux ministères.

Comme le dit Jean-François Copé sur tous les plateaux, oui la Vè République n'est plus. Nous sommes dans la République de Louis Napoléon Bonaparte (1848), où, lorsqu'il était encore président élu, il était en conflit permanent avec les députés, faisait jouer une fibre anti parlementaire (accusé de freiner les réformes, et de faire de l'obstruction aux débats, etc.). Évidemment la comparaison s'arrête là du point de vue des faits historiques. Mais du point de vue politique et philosophique elle se poursuit. Nicolas Sarkozy a un discours de la plus grande tradition de la droite bonapartiste: le mouvement permanent, le coup d'éclat permanent, séduction de l'opposition, et discours anti institutions (sur le Parlement, sur l'administration, sur les structures toujours trop nombreuses et qui empêcheraient de réformer).

Nicolas Sarkozy se voit en Bonaparte, le premier. Mais il est plus à la "hauteur" du troisième pour notre plus grand malheur: Louis Napoléon Bonaparte, puis Napoléon III, est l'un des chefs d'Etat qui est resté le plus longtemps à la tête de notre pays (1848-1870)...

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